Nouvelle vie au tonneau belge, disparu depuis Napoléon!

Article publié sur le magazine Génération Vignerons par Audrey Delbarre ici

Deux amis de longue date, tous deux passionnés de vin et du monde qui l’entoure, se décident à faire renaître le tonneau… mais en Belgique ! L’idée ? Redonner vie à l’ancien métier de tonnelier belge, disparu depuis Napoléon, et offrir enfin un service local au monde viticole (en pleine croissance) mais aussi brassicole et bien d’autres encore.


Hugues De Pra et Didier Mattivi, créateurs de Barwal

Rencontrez un des créateurs, passionné depuis plus de 15 ans...

Hugues De Pra, de double nationalité belgo-italienne, baigne dans les technologies informatiques depuis 20 ans. Et pendant ses heures de loisirs, il ne cesse d’en apprendre davantage sur le vin depuis 15 ans : il cumule au fil des années des cours d’œnologie, des visites de vignobles dans le monde, la coopération dans deux domaines et participe même à des concours de dégustation à l’aveugle. Pour mettre en pratique ce savoir-faire « sans fin » (il faut avouer que le monde du vin ne cesse de nous surprendre chaque jour, le tout additionné à près de 8000 ans d’histoire !), il fédère même des concours de dégustation sous la forme du championnat de Belgique avec l’appui de La Revue du Vin de France et anime dans un club quelques modules sur les vins italiens.


Le chêne belge issu des forêts de Wallonie

De la recherche de chêne aux barriques wallonnes


Hugues De Pra et Didier Mattivi ont toujours su joindre l’utile à l’agréable : ils partent en vacances au cœur des vignobles, découvrent les terroirs, les vignerons, les artisans… D’ailleurs, les étincelles pétillent dans les yeux d’Hugues qui relate sa rencontre récente avec des vinaigriers, un métier peu connu, pourtant complexe et fascinant. C’est une passion que ces deux amis partagent toujours autour d’un verre de vin, d’une activité ludique ou encore d’animations auprès de clubs et entreprises.

Hugues explique sa philosophie du vin : « Avec mon ami, Didier Mattivi, nous avons développé une grande affinité pour la biodynamie et l’agriculture biologique, toujours en quête de vins de terroirs. »


dessin par le mérandier

Didier est menuisier-ébéniste amateur à ses heures perdues. Pour lui, le bois le plus noble est le chêne. C’est en cherchant un jour à s’approvisionner du chêne localement qu’il découvre que le chêne belge présente aussi des lots de très haute qualité. « Parfois même, des tonneliers français viennent s’approvisionner dans les forêts de notre petit pays comme chêne d’appoint ! » ajoute Hugues. C’est ainsi que l’idée est née : nous avons créé Barwal (Nom de code pour Barrel for Wine & All Liquids). C’est une façon de passer de l’autre côté du monde du vin et aussi de répondre à l’explosion de la viticulture en Belgique, avec le réchauffement climatique : « Nous avons voulu donner vie aux plus nobles des chênes belges à travers le monde du vin. Pour nous, c’est une fierté de compléter le puzzle avec tous les acteurs locaux en travaillant en circuit court, tout en mettant en valeur le terroir. » Barwal se fait d’ailleurs vite connaître auprès des media belges fiers de promouvoir une entreprise qui va faire honneur au patrimoine de Wallonie : « Les chênaies belges méritent d’être valorisées » ajoute Hugues.


Noble chêne au cœur de forêts domaniales belges


Pour Hugues et Didier, ces forêts sont une opportunité de redorer le blason du pays avec une matière première locale de haute qualité: du chêne 100% belge ! Ils ont sélectionné 4 terroirs propices à leur projet : des chênes du sud de Namur, de Philippeville ou encore de Chimay. Aussi, ils travaillent surtout avec une première forêt en Belgique, la forêt domaniale de Rochefort, un nom aussi connu pour sa bière trappiste ! Le bois nécessite ensuite un temps de séchage de 3 ans. Hugues ajoute : « Il y a encore tant à explorer pendant les années à venir. La Belgique a beaucoup à offrir : nous avons un très bon accueil, du bon vin avec le réchauffement climatique, des experts de la distillation, du cidre et de la brasserie… Et encore bien d’autres ! » D’ici juin, ils pourront déguster le premier pinot noir élevé dans leurs barriques et le comparer à d’autres terroirs. Jusque-là, les 4 terroirs belges réservent leur surprise sur les palettes aromatiques qui se développeront dans les vins et autres boissons à venir. La nature va lentement, il faut l’attendre et savoir être patient pour sentir le reflet des terroirs.


1ère barrique au Chant d'Eole, Belgique

Le duo a décidé de créer des partenariats pour échanger, expérimenter et se conseiller entre acteurs du marché. Avec Barwal, ils accompagnent les vignerons dans leur métier. La communauté d’acteurs ne s’arrête pas qu’aux vignerons mais aussi à tous les acteurs autour de ce domaine. Un vigneron va peut-être échanger avec une brasserie grâce à eux, et ainsi ils pourront écrire une nouvelle page de l’histoire ensemble au travers de barriques partagées. Plusieurs générations d’hommes sont concernées autour du chêne : « Nous avons un devoir pour rendre justice aux meilleurs chênes qui mettent 150 à 200 ans à se développer ! Il faut s’assurer que ces fûts aient la plus longue vie possible, depuis le vigneron au distillateur et même, finir sa vie en décoration ensuite » conclut le duo. Les premières commandes ont été livrées cette année chez différents vignerons mais aussi au célèbre domaine du Chant d’Eole, près de Mons, connu pour avoir remporté le concours de la Meilleure Bulle du monde en 2019 (lien avec article précédent). Barwal vise dans un premier temps le marché local, avec sa petite production actuelle, même si les demandes à l’étranger se manifestent…


Une région wallonne qui bénéficie d’atout : un terroir pas si loin de la Champagne-Ardenne!

Aujourd’hui, sur le terrain, Hugues et Didier se sont entourés de professionnels. Un expert local (Scierie Hontoir au sud de Namur) va sélectionner les chênes sur pied et les présenter à leur mérandier qui va à son tour transformer les plus belles grumes en douelles. « Nous avons un tonnelier et un foudrier dans une tonnellerie partenaire en Champagne-Ardenne, de l’autre côté de la frontière. »

A terme, le projet est de pouvoir rapatrier la merranderie et la tonnellerie en Belgique pour rendre ces étapes 100% belges. L’idée pour Hugues et Didier est de créer leur propre tonnellerie : « Nous formerons un tonnelier, belge bien sûr, avec une transmission du savoir-faire de la tonnellerie ! On a suivi nous-mêmes chaque étape de la fabrication du tonneau chez notre partenaire, cumulée à des formations sur le terrain, le tout agrémenté de nombreuses lectures ainsi que des échanges avec les universitaires et les vignerons. » Il faut dire que la connaissance du tonneau est encore trop limitée aujourd’hui dans le monde. Des petites formations se développent peu à peu, reflet d’un engouement pour ce métier manuel et de besoins sur le marché en croissance.


L’art de la tonnellerie avait disparu en Belgique depuis l’époque napoléonienne


Les gaulois utilisaient le tonneau. Il était présent dans la vie de nombreux artisans comme contenant naturel. A l’époque en Belgique, il y avait une brasserie dans chaque village. D’ailleurs, les communes belges en portent le vestige puisque vous y trouverez presque toujours une « rue de la brasserie ». La bière était conservée dans les tonneaux ou les foudres, comme le veut la tradition de cette bière spécifique, la gueuze. L’art de la tonnellerie a disparu sous la période napoléonienne. C’est ainsi la volonté de Didier et Hugues de faire renaître ce métier et faire vivre le vin, la bière, les spiritueux… mais aussi l’artisanat ! Un retour aux sources…


Savourons collectivement les produits de nos terroirs


Nous concluons notre rencontre et Hugues souhaite passer ce message :

« Soutenons les entrepreneur(e)s, soyons à l’écoute les uns des autres. Soyons collectifs. Avec Barwal, nous amenons une nouvelle pièce au puzzle. Bref, continuons à prendre du plaisir avec des bons produits de terroir ! » Leur souhait le plus cher ? Le respect et la reconnaissance du savoir-faire de la tonnellerie. Le partenariat est fondamental pour aller chercher le meilleur du terroir avec le mariage du travail effectués par des hommes passionnés pour créer des produits d’exception.


Note supplémentaire:


Le tonneau a le vent en poupe…


Avant même le métier de tonnelier, il y a encore celui de mérandier, plus méconnu et qui autrefois partait dans les forêts préparer manuellement les meilleurs bois pour le tonnelier. Ce métier s’est beaucoup automatisé en atelier ces derniers temps avec des coupes automatiques du bois sur machines. Le métier de tonnelier est revenu dans le monde de l’artisanat le vent en poupe dès la fin du XXème siècle, après la crise des années 1970 pendant lesquelles l’inox a tenté de concurrencer le bois. Puis, les experts du monde œnologique ont fini par réaliser l’importance de ce savoir-faire unique autour du tonneau et les bénéfices du bois travaillé artisanalement sur le vin ainsi que toute sa complexité d’évolution aromatique que l’inox ne saura égaler. D’ailleurs, n’y aurait-il pas une raison si le tonneau existe depuis plus de 2000 ans ? Ce dernier connaît depuis ces deux millénaires la même forme dodue qui permet de le manipuler aisément en le roulant sur les arêtes circulaires malgré son poids à vide d’une cinquantaine de kilos !


Plus d'infos sur: https://www.barwal.be/

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